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25 novembre 2016 5 25 /11 /novembre /2016 16:55

Réponse d’un citoyen ordinaire

aux errements d’un « collectif » d’intellectuels,

en mal de publicité

 

                                                           « Dans cette quête, il suffira de se fier au bon sens.

Il est généralement plus honnête que l’érudition »…

(Pierre Rossi, in – « La Cité d’Isis »)

 

 

http://www.lemonde.fr/afrique/article/2016/11/22/l-ecole-algerienne-entre-incompetence-et-obscurantisme_5035560_3212.html

 

 

Tous d’abord, une mise au point « technique »… Si je rédige cette réponse en français – et non pas dans ma langue maternelle qui est l’arabe – c’est parce que je l’adresse à ses destinataires premiers, c’est-à-dire les auteurs de cette nouvelle charge qui ne dit pas son nom, contre l’enseignement de l’arabe dans l’Ecole algérienne…

 

« L’école algérienne entre incompétence et obscurantisme »… Tel est le gros titre d’une tribune du « Monde » daté du 22 Novembre 2016, qu’une demi-douzaine d’universitaires (*) qui se sont autoproclamés « collectif »…, viennent de cosigner sous les espèces d’un énième réquisitoire contre l’échec de l’Ecole algérienne, qu’ils imputent en des termes à peine voilés, à la langue arabe… Une langue arabe, devenue ces derniers temps, une véritable muleta idéologique, brandie à tout bout de champ par les charges répétées de ses détracteurs irréductibles, agissant – consciemment ou non – pour le compte d’un lobby francophone et francophile d’autant plus déchaîné qu’il « sait » que la langue française – contrairement à la langue arabe – a définitivement perdu, au bénéfice de l’Anglais, son statut d’antan, de « langue universelle »… Une langue française qui, par ailleurs, dans le domaine de la Recherche et des Publications Scientifiques et Technologiques en est réduite aujourd’hui, à partager avec les autres langues, le maigre volume de moins de quelque 3% des publications mondiales, l’anglais trustant le « reste »…, c’est à dire 97% !...

La première erreur grossière, c’est de feindre d’oublier le fait que les lobbies francophones, souvent francophiles aussi – et dont ils font intrinsèquement partie – ont systématiquement torpillé, la généralisation de l’usage de la langue arabe.

La seconde erreur grossière – ou la mauvaise foi – de ces éminents intellectuels, c’est de prétendre juger du contenu culturel de la langue arabe, en le cantonnant à l’aune géographique de notre seul pays, l’Algérie, et à l’aune historique de la seule période post Indépendance… Madame Khaoula Taleb-Ibrahimi en particulier, allant jusques à oublier que son propre et illustre père, le défunt Cheikh Bachir Ibrahimi, nous a laissé dans – Al-Athar الآثـــارquelques-unes des plus belles pages de la littérature arabe contemporaine, tant au plan de la sémantique que de la stylistique, et dans des domaines aussi divers que ceux de l’Histoire, de la politique ou de la polémique anticoloniale… Que n’eût-elle au moins refusé que l’on utilisât le terme péjoratif de « Mahomet » qu’utilisent invariablement et sciemment, les français pour désigner le Prophète Mouhammad – Sur Lui Le Salut… Que n’eut-elle refusé aussi, de cautionner l’arrogante condescendance de ses collègues envers le peuple algérien, quand ils osent la métaphore affirmant que de par son contenu culturel, la langue arabe chez nous est « aussi pauvre et sèche qu’un filet d’oued saharien »… Une formule qui révèle – ô combien ! – cette patte sorbonnarde pétrie de suffisance et mâtinée d’une idéologie Orientaliste d’autant plus ringarde et stupide, qu’elle est prônée par les descendants de ceux-là mêmes qui en ont été les premières victimes…

La troisième erreur grossière enfin, c’est celle d’avoir cherché à escamoter le fait patent, que la langue arabe a un statut de langue universelle et qu’on ne peut pas emprisonner cette langue, dans le carcan étroit d’un pays, fut-il l’Algérie, comme on le ferait pour le finnois ou le berbère, le tibétain ou le malgache…

Oublieraient-ils, ces respectables universitaires, que la langue arabe n’est rien d’autre que l’accomplissement ultime de la langue araméenne qui a régné en maitre, des siècles avant l’Islam, dans le berceau de l’Humanité que fut le Moyen-Orient ? Donnons plutôt la parole sur ce point, à l’auteur de la « Cité d’Isis », l’illustre normalien, helléniste et historien, Pierre Rossi, dans l’un de ses témoignages majeurs :

 

« « Une seule langue écrite et parlée a fini par s’y imposer et par recouvrir ce grand ensemble : l’araméen et son annexe occidentale, le grec, étroitement apparentés l’un à l’autre. Or, l’araméen a évolué naturellement et sans heurt en langue arabe, cette dernière se trouvant désormais l’héritière des passés égyptien, cananéen, hittite et babylonien. Telle est l’exacte mesure de la culture arabe, mère et inspiratrice de l’hellénisme qu’elle a façonné dans son esprit et dans ses lois. Arabe et Grec se conjuguent et se coordonnent pour donner ce que nous appelons la civilisation qui n’est, comme on le voit, pas plus occidentale qu’orientale, pas plus sémite qu’aryenne, mais une et indivisible en toutes ses parties, qu’elles soient spirituelles ou matérielles. Témoins imposants de cette vérité : les trois textes originaux de notre monothéisme ; ils sont rédigés, l’un en arabe, le Coran ; les deux autres en grec, l’Ancien et le Nouveau Testament. » » - Fin de citation -

 

Quel bel exemple d’objectivité historique et d’honnêteté intellectuelle, n’est-ce pas Madame et Messieurs ?

 

Pour finir, je ne résiste pas à l’envie de vous dire combien votre lecture philosophique manichéenne sur la grande question du Déterminisme et du Libre Arbitre, que vous présentez comme une antinomie, m’a amusé… En me renvoyant à des années lumières en arrière, c’est-à-dire dans les Cours du Soir à la Médersa, après les heures du Lycée… Notre bon vieux prof de Tawhid – Théodicée – était un homme pieux, en tarbouche et abaya et parfaitement bilingue ; féru d’Al Kindi, d’Aristote, de Ibn Rochd..., et même de Heidegger, pour dire… ; mais qui professait en revanche, une souveraine aversion pour Bergson qu’il qualifiait de saltimbanque français de la philosophie… Ce prof donc, aussi bourru qu’on peut l’être, ne cessait pas de nous dire qu’il n’y avait PAS d’antinomie entre les deux concepts du Déterminisme et du Libre arbitre qui sont consubstantiels à l’individu en tant que créature de Dieu. D’une part, l’homme a reçu de son Créateur, le Libre Arbitre, c’est-à-dire la liberté d’opérer ses choix sans aucune contrainte. D’autre part, Le Créateur, dans sa Prescience, connait par avance la nature des choix qui seront faits par l’homme ainsi que leurs conséquences… C’est cela le Déterminisme. Et rien d’autre.

Le Créateur intervient souverainement, en cours ou en fin de cycle de la Vie, pour le Jugement et la Sanction. Récompense ou Châtiment. Ou Miséricorde…

Et il me semble que vous en avez terriblement besoin…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(*) : Ahmed Djebbar, mathématicien et historien des sciences, professeur émérite à l’université des sciences et des technologies de Lille, ancien ministre de l’éducation nationale algérienne ; Abderrezak Dourari, linguiste, professeur à l’université d’Alger ; Mohammed Harbi, historien et ancien dirigeant du FLN ; Wassiny Laredj, écrivain et professeur de littérature moderne aux universités d’Alger et de Paris-III-Sorbonne-Nouvelle ; Khaoula Taleb-Ibrahimi, linguiste, professeure à l’université d’Alger ; Houari Touati, historien, directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) à Paris.

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